Les monts sous-marins, habitats de prédilection des baleines à bosse

Une étude de l’IRD et de l’association Opération Cétacés apporte un nouvel éclairage sur les déplacements des baleines à bosse au large des eaux calédoniennes. De 2016 à 2018, au cours de campagne en mer, les scientifiques ont pu équiper 18 baleines de balises de télémétrie satellitaires. Les résultats publiés en accés libre dans Scientific Report confirment d’une part l’hypothèse que les monts sous-marins correspondent bien à des lieux de migration et de reproduction privilégiés. D’autre part, ils révèlent que ces mammifères adoptent un comportement inédit, avec des plongées profondes qui ouvrent de nouvelles pistes d’exploration.

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Les baleines à bosse sont connues pour leur présence dans les eaux côtières tropicales pendant leur saison de reproduction. Cependant, au cours des dix dernières années, de nouveaux habitats de reproduction ont été découverts en Nouvelle-Calédonie, grâce à des missions d’exploration en haute mer et des techniques de suivi satellitaires. En effet, la recherche sur les baleines à bosse étant généralement concentrée dans les eaux côtières, l’usage de l’habitat pélagique* est jusqu’alors demeuré méconnu. Entre 2016 et 2018, 18 balises de télémétrie satellitaire ont été déployées en Nouvelle-Calédonie sur des baleines à bosse adultes, mâles et femelles, dont certaines accompagnées de baleineaux, afin de mieux comprendre leur utilisation de l’espace pélagique. Les balises ont permis d’enregistrer le comportement de plongée de ces animaux, en plus de leurs déplacements.

Les monts sous-marins, véritables montagnes s’élevant du fond des océans sans en atteindre la surface, se sont avérés être des points de rassemblement et d’arrêt pour les baleines à bosse. En particulier, les baleines balisées ont passé beaucoup de temps autour des monts sous-marins peu profonds, dont le sommet se situe à moins de 200 m de la surface. Il s’agit des monts situés au sud de la Grande Terre, tels que le mont sous-marin d’Antigonia, le banc de l’Orne ou le mont Ellet, mais également de monts beaucoup plus lointains, tels que les monts sous-marins Capel ou Kelso qui se situent au sud de l’archipel de Chesterfield à plus de 700 km des côtes néo-calédoniennes. Ces monts sous-marins ont d’ailleurs été utilisés par deux baleines mâles dont le suivi a apporté la première preuve jamais enregistrée d’un déplacement entre la Nouvelle-Calédonie et la côte Est Australienne au cours de la même saison de reproduction.

Des plongées profondes régulières

En plus de leurs déplacements, l’usage de balises de nouvelle génération a permis d’enregistrer le comportement de plongée de ces animaux. La plupart des 7986 plongées enregistrées étaient peu profondes (entre la surface et 80 m), mais des plongées profondes ont également été régulièrement enregistrées, y compris chez des femelles accompagnées d’un baleineau. Une plongée a même été enregistrée à 616 m de profondeur, un record pour l’espèce.

Ces plongées profondes et relativement longues nécessitent une dépense d’énergie importante mais leur fonction demeure inconnue à ce jour. À la lumière de la littérature existante, trois hypothèses peuvent être émises quant aux raisons d’un tel comportement : une aide à l’orientation et à la navigation, le résultat d’interactions sociales entre individus, et/ou une stratégie d’alimentation opportuniste en eaux sub-tropicales.

Cette étude a été menée par l’IRD et l’association Opération Cétacés, avec le soutien technique et financier du WWF, du gouvernement de Nouvelle-Calédonie et du Ministère de la Transition Ecologique et Durable, et en collaboration avec l’Oregon State University et la NOAA (Etats-Unis). Elle apporte un nouvel éclairage sur un habitat des baleines à bosse précédemment négligé. Compte-tenu de l’augmentation des menaces pesant sur les monts sous-marins à l’échelle mondiale, ces résultats ont des implications en matière de conservation de zones d’intérêt pour la préservation de la biodiversité marine.

Source : Derville, S., Torres, L.G., Zerbini, A.N. et al. Horizontal and vertical movements of humpback whales inform the use of critical pelagic habitats in the western South Pacific. Sci Rep 10, 4871 (2020). https://doi.org/10.1038/s41598-020-61771-z

* pélagique = au large, en haute mer, distincte de la zone côtière et du fond.

 


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