Filmer les baleines depuis les airs

Drones et étude des mammifères marins

 L’utilisation de drones pour étudier les mammifères marins s’est beaucoup développée ces dernières années. Lors de la 22ème Conférence sur la Biologie des Mammifères Marins qui s’est tenue à Halifax en Octobre et à laquelle Claire Garrigue et moi-même avons participé, de multiples présentations se sont intéressées à ce sujet. Les applications sont nombreuses: observation du comportement, collection d’échantillons, estimation de la taille et de la santé des animaux, et estimation de densités géographiques. Le Geospatial Ecology of Marine Megafauna Lab (GEMM Lab) avec lequel nous travaillons étroitement, s’est illustré par ses études novatrices portant sur l’alimentation des baleines bleus pygmées de Nouvelle-Zélande, et la santé des baleines grises de la côte Ouest Américaine.

La mission MARACAS 3

Au cours de la dernière campagne MARACAS conduite par l’IRD (UMR Entropie) et Opération Cétacés dans le Parc Naturel de la Mer de Corail, nous avons eu la chance d’embarquer Nicolas Job, photographe professionnel et amateur de drones. C’était une de ces décisions de dernière minute typique des missions de recherche scientifique: un de nos collègues forcé d’annuler quelques jours avant la mission et nous voilà à nous demander “qui pourrions-nous bien embarquer à la place?”. Nous connaissions à peine Nicolas mais nous nous sommes dit que quelques images aériennes de baleines à bosse pourraient être utiles à nos campagnes de sensibilisation.

Il ne s’agissait ici donc pas de collecter des données des scientifiques à partir d’un drone mais simplement de récolter quelques “jolies images”… nous n’avons pas été déçus.

Une fois passées les quelques frayeurs des premiers envols (OUI il faut porter des gants lorsqu’on essaye d’attraper un drone avec des hélices en carbone de 30 cm de long…, NON les frégates n’attaquent pas les drones…), Nicolas a réussi à survoler notre zodiac de recherche et à capturer des images de baleines à bosse accompagnées de leur baleineau ainsi que de plusieurs groupes reproducteurs.

frigate_bird_c Henri Weimerskirch CEBC CNRS
Les frégates sont de vrais prédateurs des airs: elles attaquent les autres oiseaux pour leur voler leur repas… mais le drone, lui, est resté sain et sauf! Nous avons même beaucoup à apprendre de ces oiseaux… certains proposent de s’inspirer du vol des frégates pour améliorer les capacités des drones (crédit photo: Henri Zemerskirch CEBC CNRS).

Observations en zone de reproduction

Les eaux du banc de l’Orne, une région isolée du Parc Naturel de la Mer de Corail, nous ont permis de distinguer les baleines jusqu’à 30m de profondeur! Cette perspective a transformé nos habituelles observations de surface en une version 3D! Nous avons ainsi pu observer le comportement d’escorte, un mâle accompagnant une femelle et son baleineau qui la “gardait” en restant à proximité en dessous d’elle et en produisant des traînées de bulles à l’approche d’un challenger. Les groupes reproducteurs étaient également impressionnants vus de haut. Ces groupes se forment sur les zones de reproduction quand plusieurs mâles suivent une femelle et entrent en compétition pour y avoir accès. Ces groupes se déplacent rapidement et sont caractérisés par des comportements de surface particulièrement intenses: claquement de nageoire caudale à la surface, traînées de bulles et sauts entre autres.

Depuis la découverte de zones de reproduction océaniques sur le mont sous-marin d’Antigonia en 2007 et sur le banc de l’Orne en 2017, les recherches se sont intensifiées pour tenter de mieux comprendre l’utilisation des habitats, la distribution et la connectivité de la population de baleines à bosse de Nouvelle-Calédonie (voir projet WHERE). Nos recherches ont toujours été pluridisciplinaires, incluant observations en mer, génétique, photo-identification, télémétrie satellitaire, océanographie et acoustique. Les drones deviendront-ils le prochain outil incontournable pour l’étude des baleines à bosse de Nouvelle-Calédonie?

L’avenir le dira…

Film réalisé par Nicolas Job (Heos Marine) avec des images collectées durant le mission MARACAS 3 (Marine Mammals of the Coral Sea: IRD/ UMR Entropie/Opération Cétacés/ Gouv.nc/ WWF/ Ministère de la Transition écologique et solidaire).

Pour une version anglaise de cet article, direction le blog du GEMMLab!

écrit par Solène Derville, le 04-Dec-2017

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